CAN 2019 : Florent Ibenge, une référence africaine ?

Actuel doyen des sélectionneurs nationaux africains, Florent Ibengue est à la tête des Léopards de RD Congo comme de l’AS Vita Club de Kinshasa qu’il a déjà emmenée en finale de Ligue des champions africaine.

Par Thibaut Geffrotin

En poste depuis aout 2014, Florent Ibenge a la plus grande longevite comme selectionneur africain d'une equipe nationale du continent.
Imaginez Didier Deschamps sélectionneur de l’équipe de France et entraîneur de l’Olympique de Marseille. En même temps ! Une double casquette difficilement tenable pour le champion du monde, mais qui est parfaitement portée depuis 5 ans par Florent Ibenge, entraîneur de l’AS Vita (Kinshasa) et sélectionneur de la RD Congo. Le sélectionneur des Léopards n’est pas le premier à tenter l’aventure. En 2012, Jean-Guy Wallemme dirigeait simultanément le Congo-Brazzaville et l’AJ Auxerre en Ligue 1. Usé, le technicien français démissionnera de ses deux postes, à quelques mois d’intervalle. Les plus anciens se souviennent évidemment d’Albert Batteux, entraîneur du grand Stade de Reims appelé à la rescousse pour conduire la France au Mondial 1958. Rare en football, la double-casquette est surtout répandue dans d’autres sports collectifs, comme le basket (Vincent Collet, sélectionneur des Bleus et entraîneur de Strasbourg) ou le handball (Emmanuel Mayonnade, entraîneur de Metz et des Pays-Bas).
Pour Ibenge, cette double responsabilité pouvait poser deux problèmes : d’abord le calendrier surchargé ; ensuite, les conflits potentiels liés au fait qu’il sélectionne des joueurs qu’il côtoie chaque jour dans son club. Sur le premier point, la passion prend le dessus (« C’est une tâche difficile, mais une magnifique expérience », a-t-il coutume de dire) ; sur le second, aucun favoritisme ne peut lui être reproché. En 2017, un seul joueur de l’AS Vita Club était sélectionné. Cette année, ils sont deux, contre trois joueurs du TP Mazembe, le rival du championnat de la RD Congo.
Un bilan global flatteur en club et en sélection nationale…

À la tête de l’AS Vita Club, Ibenge a rapidement fait l’unanimité. En moins d’un an, il hisse son nouveau club en finale de la Ligue des champions, qu’il perd face à l’ES Sétif à cause de la règle du but à l’extérieur (2-2 à l’aller à Kinshasa, 1-1 au retour en Algérie). Sous sa conduite, l’AS Vita Club remporte deux fois le championnat national (2015, 2018), devant le TP Mazembe. Parallèlement, Ibenge redonne un certain lustre à la sélection nationale, qui n’a plus gagné la Coupe d’Afrique depuis 1974. Lors de sa première CAN (2015), Ibenge tremble pour se qualifier, mais remporte un succès de prestige à Abidjan (4-3), avant de se révéler au continent africain : en quarts de finale, la RDC affronte le Congo-Brazzaville. Les Léopards d’Ibenge sont menés 2-0 à l’heure de jeu, avant de renverser la situation (victoire 4-2), grâce notamment à deux passes décisives de Neeskens Kebano, lancé en cours de match par Ibenge. Au pays, on valide le coaching gagnant. Battus en demi-finale par la Côte d’Ivoire d’Hervé Renard, les Léopards obtiennent la troisième place du tournoi, aux tirs au but face à la Guinée équatoriale.

… enrichi d’un trophée continental en Championnat d’Afrique des nations
L’année suivante, en 2016, place au Championnat d’Afrique des nations, le tournoi qui concerne uniquement les joueurs évoluant sur le continent africain. « Dès le premier jour, on a travaillé pour atteindre la finale, on avait la foi », expliquait en conférence de presse Coach Ibenge, qui soulève son premier trophée continental (3-0 en finale contre le Mali). Si la suite est plus délicate (élimination décevante en quarts de finale de la CAN 2017 contre le Ghana, non-qualification pour le Mondial 2018 alors que la RDC avait les cartes en main), Florent Ibenge a reçu le soutien de ses dirigeants pour continuer sa double mission. Obstiné, Ibenge a toujours su ce qu’il voulait faire malgré un chemin tout sauf linéaire.
L’expérience chinoise avec Anelka
Titulaire d’un master d’économie au lieu de tenter sa chance en professionnel, car son père, médecin, ne voulait pas d’un footballeur chez lui, Ibenge se contente de jouer en amateur, avant de s’émanciper à l’âge de 30 ans, quand il commence à entraîner. Il passe tous ses diplômes et attend le coup de fil providentiel, donné par… Nicolas Anelka ! Lorsque le trublion de Knysna rejoint le Shangaï Shenhua en tant qu’entraîneur-joueur en 2012, il a besoin d’un adjoint pour le seconder. Ainsi démarre la carrière professionnelle dans le football d’Ibenge, qui quitte la Chine en même temps qu’Anelka au bout de quelques mois, et rejoint aussitôt l’AS Vita, en 2013. 

Un objectif : accéder à la finale de la CAN 2019

Meneur d’hommes charismatique, Florent Ibenge a placé la barre très haut pour cette CAN 2019 en Égypte, en glissant qu’il voulait faire « un peu mieux que lors des éditions précédentes, en corrigeant les petites erreurs passées ». Mieux qu’il y a 2 ans, ce serait une demi-finale. Mieux qu’il y a 4 ans, ce serait la finale… « On est là pour jouer notre chance à fond, comme tous les autres, et pour aller au bout, comme tous les autres. » Le sélectionneur franco-congolais ne masque pas ses ambitions, mais la compétition a mal débuté, avec une défaite en ouverture face à l’Ouganda (2-0).
« C’est le plus mauvais match depuis que j’ai pris l’équipe nationale, a regretté Ibenge en conférence de presse. On a montré une piètre image de nous. Cela fait mal ! Les choses ne se sont pas passées comme on l’aurait voulu, nous devons gagner le prochain match. » Résultat obligatoire contre l’Égypte au Caire, mercredi, si Florent Ibenge entend poursuivre son bail à Kinshasa, lui qui détient le record de longévité en exercice (5 ans) pour un entraîneur africain à la tête d’une sélection. Sinon, la Ligue 1 française aurait tort de ne pas s’intéresser de près au technicien de 57 ans, qui a grandi dans le nord de la France à partir de l’âge de 12 ans.

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